SongJa Flûtes

Portrait de Sophie SongJa
- Octobre 2014 -

Songja Flûtes est un univers de délicatesse musicale, parce que la flûte traversière invite à un voyage aérien et doux… Un univers, où Sophie Songja-Teitelbaum, vous reçoit, avec élégance et discrétion, avec expertise et maîtrise, parce la flûte traversière est instrument exigent et d’une précision minutieuse… Parce qu’il demande à la réparation, du temps et de la générosité. Et parce que cette femme artisan détient un savoir-faire unique, Sonja Flûtes résonne dans le monde entier.

Quel est votre parcours ?
Je suis joaillière et orfèvre. J’ai travaillé pour les luminaires dans la ciselure, de la restauration au montage chez Baguès. Cela ne me convenait pas. Je me suis alors demandée, ce que je pouvais faire avec ce que je sais faire. Mon frère m’a donné l’idée de customiser des instruments, il a amené la musique dans ma vie. Je suis alors allée trouver Alain Cadinot sur le Viaduc des Arts, qui réparait des flûtes traversières. Je lui ai exposé ce que je pouvais lui apporter, des compétences complémentaires, des techniques nouvelles et une ouverture sur l’étranger. En échange, il m’a enseigné toute une approche sensitive quant à l’instrument et je me suis appropriée la flûte traversière avec sensibilité et intuition. Il s’est passé quelque chose de naturel et évident. L’instrument est subtil et il faut être passionné. Dix ans après, j’ai racheté.

La Flûte Traversière, pourquoi ?
La flûte traversière est un hasard dans ma vie. Il y a un lien très étroit avec l’orfèvrerie, le métal est noble et la démarche minutieuse.

Qu’aimez-vous dans la pratique de ce métier ?
Le son de la flûte. La diversité des matières, qui font appel à des savoir-faire variés l’or, l’argent, le grenadille… J’aime ce travail précis et minutieux, les éléments sont infimes. J’aime prendre le temps de faire les choses et l’instrument appelle à ça. J’aime également la rencontre avec les musiciens, ce sont des gens passionnés, très sensibles et immensément attachés à leurs instruments. L’instrument conditionne leur manière de jouer, l’odeur, la disposition des éléments sont leurs repères et des repères à ne pas changer dans la réparation. J’aime l’idée aussi que ce métier soit rare et la pratique unique.

Votre expérience la plus marquante?
La toute première fois que j’ai réparée une flûte en or. Il fallait souder ce que l’ancien gérant ne savait pas faire. J’ai relevé ce défi, ce challenge et j’ai réussi. Je me suis dit je peux le faire et je l’ai fait. De là cet homme m’a fait confiance et je me suis fait confiance.

Ton expérience la plus émouvante ?
Le rachat de cette entreprise, il y a 4 ans, après 12 ans de formation. Ce fut un grand moment pour moi de concrétisation et de reconnaissance. J’ai acheté quand je me suis sentie pleinement reconnue et soutenue par ma famille. J’étais arrivée à mon but ultime, être propriétaire et avoir ma propre entreprise. C’était important dans ma vie de femme aussi.

Tes projets à venir ?
Je souhaite m’orienter vers la transmission à plus grande échelle, le mécénat dans les pays du 1/3 monde comme le Sénégal, le Mexique par le don d’instruments pour permettre à l’accès à la musique, et à sa pratique, le développement de la créativité et la formation des adultes.

Vos impressions sur le Viaduc des Arts ?
Notre atelier est situé dans un lieu remarquable, le Viaduc des Arts, à deux pas de l'Opéra Bastille.
Grâce à ses voûtes en pierre, l'acoustique exceptionnelle en font un lieu particulièrement propice à l'organisation de petits événements dans une atmosphère intime et chaleureuse: master classes, concerts et portes ouvertes…

Propos recueillis par Emilie Carayol